Go Lance Jean-Emmanuel Ducoin Fayard En 1999, Lance Armstrong disait : "Je suis un survivant et chaque jour qui passe est un jour gagné." Et ajoutait à propos du dopage : "Vous croyez qu'après avoir vu la mort en face je serais assez fou pour jouer avec mon sang ?" Mais quinze ans plus tard, en janvier 2013, il déclarait : "C'est l'histoire d'un gars qui se sentait invincible, qui entendait qu'il l'était et qui le croyait profondément. Je n'aime pas ce gars. J'ai eu une vie mouvementée. Ce n'est pas une excuse. Je suis profondément désolé pour ce que j'ai fait."
Quinze ans de mythe se transforment subitement en quinze ans de mensonges. Mais qui est Lance Armstrong ?
Rejeton d'un géniteur dont il refuse la filiation, adopté par un beau-père violent dont il n'a hérité que le nom de famille, fils unique et chéri de sa mère, Linda, surprotectrice et omniprésente, sportif précoce venu au vélo non par passion mais par esprit d'entreprise, cherchant le leadership et la victoire, quelle que soit la méthode et quel qu'en soit le prix, champion hors norme capable de mettre tout un sport sous sa coupe... Il est tout cela, bien sûr. Mais l'ex-septuple vainqueur du Tour de France reste avant tout un Texan, fidèle au personnage qu'il s'est composé en tentant de nous vendre l'histoire édifiante, quasi hollywoodienne, d'un rescapé du cancer des testicules, des poumons et du cerveau, revenu dans les pelotons plus fort qu'auparavant, comme transfiguré par la maladie et la victoire sur la mort. Lance Armstrong se voyait en énième incarnation du rêve américain, winner au pays des winners. Son parcours s'achève en cauchemar.

Jean-Emmanuel Ducoin, journaliste et écrivain, a publié de nombreux livres, en particulier sur le cyclisme. Il a suivi le Tour de France à vingt-trois reprises, témoin privilégié des « années Armstrong » et est l'auteur, avec Laurent Fignon, de Nous étions jeunes et insouciants (Grasset 2010). Nul n'était mieux placé que lui pour écrire, "à l'américaine", l'épopée du Texan le plus célèbre de France.