Gagner à en mourir Pierre-Louis Basse Robert Laffont
S’ils remportent ce match de football contre les nazis, les Ukrainiens savent que leur existence est menacée. Et pourtant, ces hommes choisiront de remporter la victoire plutôt que de souffrir une vie de déshonneur.
Retour sur une histoire incroyable, celle d’une équipe de football qui, durant la Grande Guerre, préférera encourir les plus graves sanctions plutôt que céder au déshonneur d’un match arrangé…
Lorsqu’en 1941 le régime nazi décide d’organiser un grand tournoi européen de football, c’est bien évidemment pour affirmer la supériorité du Reich. Mais le FC Start, équipe montée de bric et de broc par un ancien boulanger de Kiev venu recruter de vieux joueurs sur le retour et de jeunes sportifs en manque de compétition, accumule les victoires. Durant plus d’une année, l’équipe ukrainienne bat platement tous ses adversaires. Se répand alors partout en Europe la rumeur qu’une équipe de pauvres hères – dont bon nombre sont juifs en plus ! – défie l’Allemagne nazie.
Le 9 août 1942, l’équipe ukrainienne du FC Start doit affronter l’équipe nazie pour son match retour. Les Allemands ont été corrigés 7 à 2 à l’aller et il est impensable qu’un tel scénario se reproduise. L’État-Major allemand signifie aux joueurs ukrainiens l’ordre impératif de s’incliner. Sinon, ils encourent la peine capitale : la mort.
Ce match qui aura lieu au Zenit stadium de Kiev va révéler toute la brutalité du régime nazi. Ce jour-là, même réduits à dix joueurs dès la première mi-temps, même menacés par les armes dans leur propre vestiaire par des officiers nazis, les hommes du FC Start ont décidé qu’ils ne céderaient pas. Personne ne leur fera courber l’échine. Ils remportent le match sur le score de 5 à 3. Par leur victoire, portée par la ferveur populaire, les Ukrainiens ont rendu leur fierté à tout un peuple. Mais pour avoir défié avec une telle maestria et une telle insolence envers l’oppresseur, l’ensemble des joueurs du FC Start sera arrêté, torturé et déporté dans des camps où bon nombre d’entre eux périront.

Pierre-Louis Basse est journaliste et écrivain. Grande figure du journalisme sportif (Europe 1, Canal +), passionné d’histoire et de football, il s’est imposé au fil du temps comme animateur culturel de talk shows : « Le temps de se le dire » et « Bienvenue chez Basse » sur Europe 1. Il a collaboré également à Marianne et au Figaro. Auteur d’une dizaine de livres dont Éric Cantona, un rêve modeste et fou (Robert Laffont, 1993), Guy Môquet, une enfance fusillée (Stock, 2000), Séville 82 France-Allemagne : le match du siècle (Stock, 2005).