DE LA LITTÉRATURE SPORTIVE

En France, quand il a fallu se battre pour imposer le sport dans l’hygiène du citoyen, les meilleurs sont montés au front. Henry de Montherlant. Jean Giraudoux. Maurice Genevoix. Tristan Bernard. Avec eux et avec d’autres, ici comme ailleurs, le sport est devenu thème littéraire. Et matière à chef d’oeuvre : les chroniques de Jack London sur la boxe devraient être lues à voix haute dans les écoles – comment un être humain, l’auteur en l’occurrence, se débarrasse de ses préjugés racistes au spectacle d’un boxeur noir, Jack Johnson, champion du monde des lourds, danseur du ring, dont ‘’la victoire est d’abord celle de son sourire’’. Boxe, encore : François Mauriac tombe raide devant Georges Carpentier, Jean Cocteau chante ‘’Panama’’ Al Brown, Norman Mailer inscrit dans l’éternité Le Combat du siècle, à Kinshasa, entre Muhammad Ali et George Foreman.


Et que serait le vélo sans les pages aussi belles qu’ahurissantes de Dino Buzzati, d’Antoine Blondin, de Curzio Malaparte, de René Fallet? Et que serait le foot, entre mille auteurs, sans les textes de Mario Soldati? Les flics new-yorkais de Jérôme Charyn, eux, jouent au ping-pong ou vénèrent ‘’Babe’’ Ruth, leur dieu du base-ball. Les polars de Dick Francis ouvrent leur paddock aux jockeys et aux chevaux de courses. John Irving, lui, nous introduit à la lutte, et John Updike nous entraîne sur ses parcours de golf. Avec Marcel Aymé, Kléber Haedens, Denis Lalanne, Christian Montaignac, Denis Tillinac, le rugby a ses légions de chroni- queurs-poètes. Quant à Mathieu Lindon, il se rêve en Champion du monde de tennis. Jean Echenoz nous fait Courir derrière le fantôme d’Emil Zatopek, et Arturo Pérez-Reverte place Le Maître d’escrime au rang d’un artiste.


Mais, à cette avalanche romanesque, il convient d’ajouter l’appareil critique. Sémiologues, philosophes, sociologues et universitaires de tous bords ont évidemment leur mot pour décrypter la réalité du sport. Roland Barthes, Michel Serres, Georges Vigarello, Pierre Sansot passent au scanner les rapports de la société et du sport, des stars aux sportifs du dimanche. Et quand la folie du supporter bascule en chancre d’une région, cela peut également donner des livres immenses, comme Une Saison à Vérone deTim Parks – lui aussi à lire dans les écoles. Encore faut-il promouvoir ces écrits et faire œuvre de découverte. C’est là tout l’objet du Prix Jules Rimet.